A l’initiative du consortium APAC en collaboration avec l’association Nature et développement (NATUDEV), il s’est ouvert, ce mardi 16 novembre 2021 à Ouagadougou, la première assemblée sous-régionale de l’Afrique de l’Ouest des Aires et territoires du patrimoine autochtone et communautaire (APAC-Territoires de vie) Elle s’est tenue avec le soutien financier du Programme de Micro-Financement du Fonds pour l’Environnement Mondial (PMF/FEM) et Natural Justice.
Du 16 au 19 novembre 2021, des participants venus du Sénégal, de la Gambie, de la France, du Ghana, du Mali, de la Guinée, du Bénin, du Niger, de la Côte d’Ivoire, du Tchad, du Togo et du Burkina Faso auront pour tâches de « partager leurs succès, leurs ambitions, prendre des résolutions et s’accorder sur ce qu’ils pensent être les meilleures politiques et actions à mener » pour la défense et la conservation des APAC dans la sous-région.
Une sortie terrain, dans la province du Boulkiemdé, marquera, comme le dit le président de l’association Nature et développement (NATUDEV) et coordonnateur régional pour le Sahel du consortium mondial APAC, Alexis Kaboré, une pause dans les travaux en salle et contribuera sans doute à inspirer les réflexions.
Selon le président de l’Association nationale des APAC-territoires de vie au Burkina Faso (ASAPAC-BF), Issaka Yamba, et son prédécesseur, la préoccupation majeure des communautés locales est la reconnaissance juridique des APAC.
Cette reconnaissance souhaitée, consisterait en l’adoption de textes juridiques appropriés qui constateraient l’existence des APAC et reconnaîtraient les trois piliers essentiels qui font d’un site socio-naturel une APAC : l’existence d’un lien fort entre le site et les membres de la (ou des) communauté (s) à qui il appartient ; une gouvernance et une gestion du site par la ou les populations directement concernée (s) ; et un effet de conservation de la biodiversité et de bien-être de la ou des communauté (s) locale (s). Il a également souhaité que le ministère de l’environnement invite ses services déconcentrés à soutenir au quotidien les communautés à la base.
Thomas Yampa, Directeur de cabinet, représentant le ministre de l’environnement, de l’économie verte et du changement climatique, a fait savoir que l’approche des APAC par les communautés est très essentielle pour le gouvernement et son ministère.
« L’approche des APAC par les communautés est très essentielle pour le gouvernement et notre ministère en ce qu’elle nous permet d’atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés au niveau national et international dans le sens de la conservation de la biodiversité », a-t-il indiqué.
Egalement, se basant sur les conventions internationales, il fait remarquer que les 14% du territoire national, constitués en aires classées, ne sont pas suffisants. « On devrait tendre vers un tiers de notre territoire national, c‘est-à-dire 30% », a-t-il dit.
Et de faire savoir les attentes du ministère au sortir de cette assemblée sous-régionale. « Nous attendons des participants, qu’il y ait des propositions dans le sens de la conservation et même de la reconnaissance juridique de ces territoires sous forme des espaces classés pour les communautés », a-t-il confié.
Pour lui, « on ne peut pas prendre tout le territoire pour des exploitations économiques. Il faut qu’on conserve une partie pour soutenir la résilience face au climat, à la biodiversité dont nous dépendons », a-t-il expliqué.
Pour rappel, les Aires et territoires du patrimoine autochtone et communautaire (APAC-Territoires de vie) sont une nouvelle approche internationalement reconnue pour sa pertinence dans la conservation de la biodiversité et l’amélioration des conditions d’existence des populations par la valorisation durable de leurs patrimoines naturels.
Au Burkina Faso, les APAC-Territoires de vie correspondent aux sites naturels conservés par les communautés villageoises tels que les forêts et les points d’eau sacrés, les forêts villageoises, les aires et mares pastorales, les Zones villageoises d’intérêt cynégétique (Zovic).
Tambi Serge Pacôme ZONGO
Burkina 24 en collaboration avec le service de Communication NATUDEV
L’Association nationale des Aires et territoires du patrimoine autochtone et communautaire du Burkina Faso (ASAPAC-BF) et l’Association Nature et Développement (NATUDEV) ont organisé du 21 au 24 septembre 2021 à Ouagadougou, la première assemblée nationale des APAC-Territoires de vie au Burkina Faso. Il a été question de la conservation des sites naturels à gouvernance communautaire à la base notamment les forêts et les points d’eau sacrés, les forêts villageoises, les aires et mares pastorales, les Zones villageoises d’intérêt cynégétiques (ZOVIC).
Etendre et ancrer l’approche des aires et territoires du patrimoine autochtone et communautaire (APAC-Territoires de vie) sur le territoire-national et partant aux autres pays du Sahel. C’est l’objectif de la première assemblée nationale des APAC-Territoires de vie, tenue du 21 au 24 septembre 2021, à Ouagadougou. L’initiative est de l’Association nationale des Aires territoires du patrimoine autochtone et communautaire du Burkina Faso (ASAPAC-BF) et l’Association Nature et développement (NATUDEV). Première du genre au Burkina Faso, cette assemblée nationale des APAC-Territoires de vie s’est tenue avec le soutien du Consortium mondial APAC et le Programme de Micro Financements du Fonds pour l’Environnement Mondial (PMF/FEM).
C’est au total une soixantaine de participants de 25 structures associatives et communautaires et des représentants du Bénin, du Ghana, du Niger, du Sénégal, et du Tchad qui ont pris part à ce grand rendez-vous national sur les APAC-Territoires de vie du Burkina. De quoi réjouir le président de l’ASAPAC, Issaka Yamba KABORE qui s’est félicité de la réussite de cette première édition. Elle constitue, selon lui, un cadre idéal de partage d’expériences dans la gestion des APAC-Territoires de vie qu’il faut travailler à pérenniser.
APAC-Territoires de vie, nouvelle approche de conservation de l’environnement et de la biodiversité
« Plusieurs actions anthropiques menacent l’existence des APAC-Territoires de vie au Burkina Faso » indique le Président de NATUDEV, Alexis KABORE, par ailleurs Coordonnateur du Consortium Mondial APAC pour la région du Sahel. Elles connaissent, selon lui, un niveau de dégradation préoccupant et continuent de subir des menaces très sérieuses. Leur diversité biologique et leur superficie ne sont pas suffisamment sécurisées. Pour Monsieur Alexis KABORE, les communautés doivent poursuivre les efforts de sauvegarde dans un cadre de solidarité et faire des plaidoyers auprès des autorités pour avoir des reconnaissances juridiques et les moyens nécessaires pour aménager, protéger et restaurer leurs sites naturels. D’où la pertinence de l’assemblée générale qui constitue, selon lui, un cadre de réflexion et de promotion afin de plaider en faveur des APAC-Territoires de vie.
De son côté, le Ministre des Ressources animales et halieutiques Tegwendé Modeste YERBAMGA, a félicité les organisateurs pour la promotion de cette nouvelle approche de conservation de l’environnement et de la biodiversité. Il les a rassurés du soutien inconditionnel du gouvernement à les accompagner. Le ministre Yerbanga dit attendre beaucoup des réflexions, notamment des propositions d’actions pertinentes pour la conservation des sites naturels d’intérêt particulier, mais également, sur les formes de reconnaissance juridique permettant la sécurisation des APAC et leur contribution au mieux-être des communautés locales.
La conservation communautaire de la biodiversité nécessite le soutien de tous.
Le Programme de Micro Financements du Fonds pour l’Environnement Mondial (PMF/FEM) est jusque-là le partenaire qui appuie cette nouvelle approche de la conservation de la biodiversité au Burkina Faso à travers l’ASAPAC et NATUDEV. Selon le coordonnateur national du PMF/FEM, Noël Compaoré, l’histoire de l’ASAPAC remonte à 2015 avec NATUDEV et le consortium mondial APAC. Et de préciser que conformément à la stratégie nationale du PMF/FEM pour la phase opérationnelle en cours du FEM de 2020 à 2024 et sur le plan national de riposte à la COVID-19, le programme a financé neuf organisations dont les activités couvrent les domaines de l’environnement, de l’élevage et de la culture ». Le coordonnateur national du PMF/FEM, Noël Compaoré a promis que 20% des ressources des fonds « STAR » seront affectées à des projets de préservation de la diversité biologique.
Un appui financier que le ministre des Ressources animales et halieutiques, Dr Modeste YERBANGA, par ailleurs Co-patron de la cérémonie d’avec les ministres de l’Environnement, de la Culture, des Arts et du Tourisme, a apprécié et a salué. Pour lui, « l’un des axes majeurs de la politique nationale du Burkina Faso en matière d’environnement est la conservation de la biodiversité. Or, ni l’Etat seul, ni les forêts classées nationales seules, ne peuvent assurer la sauvegarde de tout cet inestimable patrimoine naturel. C’est pourquoi à l’en croire, le gouvernement, tout en assumant les responsabilités qui sont les siennes, en appelle à la contribution de tous ».
« Le Processus des APAC au Burkina Faso et dans le Sahel »
Les quatre jours de la première assemblée nationale des APAC-Territoires de vie, tenue du 21 au 24 septembre 2021 ont été riches en communication et partage d’expérience.
La première communication a porté sur « le Processus des APAC au Burkina Faso et dans le Sahel ». Dispensée par Dr. Alexis KABORE (Président de NATUDEV et Coordonnateur du Consortium mondial pour le Sahel), elle a servi de cadre d’immersion des participants à la dynamique des APAC-Territoires de Vie. Elle a essentiellement porté sur : la définition des APAC ; leurs caractéristiques ; les quatre (04) situation d’APAC à savoir les APAC emblématiques, les APAC définies, les APAC perturbées et les APAC désirées ; l’historique des APAC au Burkina et dans le monde ; les types d’APAC (les sites sacrés, les forêts villageoises, les espaces pastoraux communautaires et les Zones villageoises d’intérêt cynégétique) ; et les activités de soutien aux APAC du Burkina ;
La deuxième communication a été assurée par Mr. Salifou OUOBA, Consultant juriste environnementaliste. Elle a contribué à renforcer la connaissance des participants en matière de cadre juridique institutionnel des APAC au Burkina Faso. Cette communication a spécifiquement porté sur : l’historique des aires naturelles communautaires du Burkina Faso; le répertoire et l’analyse de textes juridiques traitant des types d’aires conservées ou APAC au Burkina Faso ; le cadre institutionnel de reconnaissance et de sécurisation des aires conservées suivant le répertoire et l’analyse du cadre juridique ; les formes de sécurisation des aires protégées suivant le répertoire et l’analyse de cadre juridique ; et les textes de reconnaissance juridique des APAC.
« La reconnaissance juridique des APAC : Enjeux et perspectives »
A la suite de Mr. OUOBA, Madame Sokhna Dié Ka DIA, Chargée de programme de l’ONG NATURAL JUSTICE a, elle aussi, tenu le public en haleine pendant une trentaine de minutes par sa communication « la reconnaissance juridique des APAC : Enjeux et perspectives ». Il était question de revisiter : Le contexte mondial des APAC ; Les enjeux relatifs à leur reconnaissance ; Les défis liés à la reconnaissance des APAC ; Les aspirations juridiques des communautés gardiennes des APAC ; Et les options qui s’offrent aux communautés.
La quatrième communication a porté sur la « Place des APAC dans la Monographie de la Diversité Biologique du Burkina Faso et le Cadre mondial post-2020 de la Diversité Biologique ». Cette présentation a été faite par Monsieur OUOBA Daogo, Assistant du Point Focal National de la Convention sur la Diversité Biologique au Secrétariat Permanent du Conseil National pour le Développement Durable (SP/CNDD) du Ministère de l’Environnement, de l’Economie Verte et du Changement Climatique, Burkina Faso.
Monsieur Salatou SAMBOU du Sénégal, Coordonnateur régional du Consortium APAC pour les écosystèmes marins et côtiers en Afrique de l’Ouest, s’est entretenu avec les participants sur le thème : « Améliorer la diversité et la qualité de la gouvernance des aires protégées ». Ainsi, il a fait cas de Kawawana qui est une aire protégée qui se trouve au nord de Ziguinchor (Sénégal).
« L’Introduction aux APAC-Territoire de vie et au Consortium APAC » a été assurée par Madame Holly Jonas, Coordinatrice Internationale du Consortium APAC. Elle s’est faite par diffusion d’un enregistrement audio-visuel. Son intervention a porté sur les APAC de façon générale et le Consortium en particulier.
Le Coordonnateur Afrique du Consortium APAC, Christian Chatelain a échangé par visio-conférence avec les participant à la première assemblée nationale des APAC territoires de vie sur les « Exemples d’APAC en Afrique et dans le monde »
De la visite terrain de l’APAC de Bazoulé (la mare aux crocodiles sacrés).
Les participants ont effectué une visite d’une APAC emblématique de renommée internationale. Il s’agit de la mare aux crocodiles sacrés de Bazoulé. Bazoulé est un village situé à 35 km de Ouagadougou.
Ils ont eu des échanges avec le chef de Baoulé sur l’historique des crocodiles sacrés de Bazoulé et les différents sacrifices et rituel qui sont liés aux crocodiles. Ils ont échangé avec les membres de l’Association Tourisme et Développement de Bazoulé (ATDB). Il était plus question de gouvernance et de stratégies de gestion de la mare mise en place par l’ATDB, et des difficultés rencontrées.
La première Assemblée nationale sur les APAC-Territoires de vie du Burkina a été l’occasion pour les participants de réfléchir sur cinq thématiques. Cinq groupes d’une dizaine de personnes ont été formés pour travailler sur des thématiques suivantes : « Communication : stratégie de communication du réseau APAC-Sahel pour la visibilité, la mobilisation et les échanges entre membres et vis-à-vis du public » ; « Reconnaissance juridique : Forme appropriée de reconnaissance juridique et stratégie pour l’obtenir » ; « Décentralisation : Politique de décentralisation des réseaux nationaux pour une présence et appropriation des acteurs locaux à l’intérieur des pays » ; «Actions : Plan d’action pour la conservation des APAC-Territoires de vie » ; « Coopération internationale : organisation et participation des AG Afrique de l’Ouest et Afrique, participation aux activités du ICCA, priorités pour le Cadre mondial de la biodiversité après 2020 ».
Confrontée à la pression foncière et à l’orpaillage menaçant ses bois sacrés, la population du village de Kalwaka, dans la région du Centre-Ouest, s’est constituée en association pour mieux défendre son patrimoine naturel et culturel. Cette initiative endogène force l’admiration, tant au niveau local qu’international. Immersion dans ce milieu rural où le combat pour la préservation des traditions ancestrales est indissociable de la lutte pour la protection de la biodiversité, de l’environnement.
Kalwaka, un village atypique ! Cette bourgade de 2800 âmes, située dans la commune rurale de Soaw, dans la région du Centre-Ouest, à 90 km de Ouagadougou, reste attachée à ses collines, puits et bois sacrés. Il en compte plus d’une quinzaine sous la protection des traditions. Flanquée de grosses pierres sauvages, clairsemée d’épineux de la savane nord-soudanienne, la colline sacrée « Selogue-Tanga » constitue par exemple un symbole du canton de Konkistenga, composé des communes rurales de Imassogo, Pella, Soaw.
« Depuis longtemps, en cas de sécheresse, des envoyés du chef du canton viennent faire des sacrifices d’âne et de poulet au niveau de cette colline. Le plus souvent, la pluie les bat le même jour, avant qu’ils ne regagnent le village », témoigne le responsable du site, Yamba Issaka Kaboré, en cette matinée caniculaire de mars 2021. La colline protège le village, ajoute-t-il. L’accès à son sommet est interdit aux étrangers sans autorisation. On ne doit pas y couper du bois, y aller les lundis et les vendredis correspondant aux jours où un gros serpent « inoffensif » portant des cornes avec une gueule pleine de flammes sort de la grotte au sommet de la colline, aux environs de 9 heures, raconte M. Kaboré. Quant au bois sacré « Wagdakalsé », lui, offre un contraste saisissant ! Un ilot de forêt d’environ 1,77ha dans un univers savanicole. Arbustes, arbres, plantes rampantes s’y enserrent pour former un condensé végétatif qui tranche avec le paysage environnant. Au bord du sentier longeant ce biotope singulier, une murette peinte en blanc porte le nom du site et des symboles indiquant les actions interdites sur les lieux. Interdictions de faire la chasse, couper le bois vert, mettre le feu, creuser la terre, déféquer.
Sites d’intérêt « incalculable »
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D’un site à un autre, les fonctions sociales et les rites y afférents varient. A « Tansoab-Tanga », lorsqu’un malheur quelconque frappe la région, les divinités de la colline sont appelées à la rescousse pour sauver Kalwaka du danger. « L’intérêt de ces aires sacrées pour le village est incalculable. Avant, lorsque surviennent des épidémies de rougeole, de varicelle à Koudougou, Nanoro, il suffisait que les notables fassent un sacrifice d’une chèvre et d’une poule noires à la colline et le village est épargné de la crise sanitaire », confie le chef coutumier, le Tansoaba. Ces écosystèmes sacrés font partie intégrante de l’histoire et de l’identité culturelle du village. « Quand nos ancêtres se sont installés ici, ils se sont confiés à ces sites pour leur protection et le développement du village », raconte le Tansoaba. Aujourd’hui plus qu’hier, la population kalwakalaise défend ce patrimoine communautaire, contre les tentatives d’atteinte, notamment de la part des chercheurs d’or. « Il est possible que les orpailleurs exploitent la colline. Mais ils doivent préalablement enjamber nos corps sans vie avant d’y arriver. Je suis musulman et Imam du village, je ne fais pas de sacrifices sur la colline du fait de ma foi religieuse, mais je ne tolèrerai jamais que quiconque détruise ces lieux sacrés. Ils constituent notre bien commun », fulmine Yamba Issaka Kaboré. Lire la suite https://www.sidwaya.info/blog/2021/06/02/conservation-des-bois-sacres-kalwaka-lexemple-dune-conscience-communautaire/?fbclid=IwAR1BK5BaE9fCQ3ig7zVBS0AT_fw8ng1gp5TXYuall0F3Hzapdm3QuV8v6fQ
La reconnaissance juridique des APAC (Aire ou territoire du patrimoine autochtone ou communautaire) est une des préoccupations majeures des communautés locales au Burkina Faso. Elles l’ont exprimé par la voix de leur organisation faîtière nationale, l’ASAPAC-BF (Association nationale des APAC-territoires de vie au Burkina Faso).
La reconnaissance souhaitée consisterait en l’adoption de textes juridiques appropriés qui constateraient l’existence des APAC et reconnaîtraient les trois piliers essentiels qui font d’un site socio-naturel une APAC. Pour rappel, une APAC se distingue par trois caractéristiques fondamentales :
l’existence d’un lien fort entre le site et les membres de la (ou des) communauté (s) à qui il appartient ;
une gouvernance et une gestion du site par la ou les populations directement concernée (s) ;
et un effet de conservation de la biodiversité et de bien-être de la ou des communauté (s) locales (Consortium APAC, 2017).
En réponse à cette forte attente des communautés villageoises, NATUDEV, en partenariat avec le PMF/FEM, a mandaté un expert en droit environnemental pour établir un état des lieux des textes juridiques pouvant s’appliquer aux APAC au Burkina Faso.
A partir de recherches documentaires, l’étude a mis en évidence l’intérêt d’une loi en particulier, la Loi 034-2009/AN portant sur le régime foncier rural, datant du 16 juin 2009.
Cette loi donne aux communautés locales le droit d’élaborer et d’adopter des « chartes foncières locales » définies comme « des conventions foncières locales inspirées des coutumes, pratiques et usages fonciers locaux », élaborées au niveau local et visant dans le cadre de l’application de la présente loi, à prendre en considération la diversité des contextes écologiques, économiques, sociaux et culturels en milieu rural.
La loi recouvre les « espaces locaux de ressources naturelles d’utilisation commune » qui sont « des espaces ruraux tels que les forêts villageoises, les bois sacrés, les mares, les espaces de terroir affectés à la pâture, les pistes à bétail, qui, selon les usages fonciers locaux, n’appartiennent pas en propre à des personnes ou familles déterminées et, dont l’utilisation est, conformément aux us et coutumes locaux, ouverte à l’ensemble des acteurs ruraux locaux ».
Il existe également un décret (N° 2010-400/PRES/PM/MAHRH/MRA/MECV/MEF/MATD) qui précise les objectifs des chartes foncières locales :
Responsabiliser les populations, les structures locales et les institutions coutumières dans la gestion des ressources foncières et des ressources naturelles ;
Recenser et appliquer de façon effective les coutumes et usages fonciers locaux favorables à la gestion rationnelle et durable des terres et des ressources naturelles ;
Harmoniser progressivement ces coutumes et usages fonciers locaux avec les lois en vigueur ;
Prévenir les conflits fonciers relatifs à l’accès et à l’exploitation des terres et des ressources naturelles en milieu rural.
« Les chartes foncières locales constituent les textes locaux de gestion communautaire des ressources naturelles. Elles sont élaborées sous la responsabilité des collectivités territoriales qui les valident et font leur publicité. ». Au Burkina Faso, les collectivités territoriales désignent les communes et les régions. Les communes regroupent plusieurs villages et les APAC appartiennent à des villages ou groupes de villages.
En vue de la restitution et de la validation des résultats de l’étude légale réalisée, un atelier a été organisé à Ouagadougou le 26 août 2020 par NATUDEV et l’ASAPAC-BF. La rencontre a réuni treize personnes : deux représentants de l’Association nationale des APAC du Burkina Faso (ASAPAC-BF), deux de NATUDEV, deux du ministère en charge de l’environnement, le coordinateur national du PMF/FEM, un maire de commune rurale, un Membre d’Honneur du Consortium APAC, deux étudiants travaillant sur les APAC, deux personnes-ressources ayant intérêt particulier pour les APAC, et le consultant chargé de l’étude.
Les participants ont validé l’étdude sur le cadre juridique et institionnel des APAC au Burkina Faso
Cela fût l’occasion de faire découvrir ou de rappeler la définition et la portée du concept APAC et de la dynamique nationale, africaine et internationale qui le porte. Tout cela s’est révélé encore largement peu connu des participants et par extension, de la population burkinabè.
La présentation de l’étude a été suivie d’échanges sur l’approche APAC et sur les résultats de l’étude. Les questions des participants ont surtout porté sur l’origine de l’approche APAC et son contenu. Ainsi, il a été question de savoir si APAC signifie « sites sacrés », quels sont les facteurs de la dégradation constatée des APAC au Burkina Faso, quelle est la place des religions révélées dans ces facteurs, quelles peuvent être les solutions au problème, etc.
Les représentants des communautés, mandatés par ASAPAC-BF, ont témoigné sur l’importance de la reconnaissance légale. Ils ont notamment cité l’exemple des orpailleurs qui se prévalent d’autorisations officielles pour détruire les bosquets des villages. Pour eux, le soutien de l’Etat doit aller au-delà de l’adoption de textes, et soutenir « franchement et concrètement » les villages dans la conservation de leurs sites naturels.
Etant donné que très peu de gens connaissent la démarche APAC, l’ASAPAC-BF compte sur les rencontres et la contribution des médias pour donner de la visibilité aux APAC, et sur les personnes ressources pour poursuivre ces réflexions. Les représentants des collectivités et du ministère de l’environnement ont assuré les autres participants de leur disponibilité et leur intérêt à soutenir toute initiative de NATUDEV et de l’ASAPAC-BF pour appliquer les recommandations de l’étude une fois celle-ci validée.
En cas d’application concrète de la loi portant sur les chartes foncières à une APAC, il faudra être vigilants pour s’assurer que les principes fondamentaux qui portent la notion d’APAC soient observés, aussi bien dans la démarche d’élaboration de la charte foncière locale que dans l’esprit et la lettre de la charte et de l’arrêté municipal qui la formaliserait.
En tant que conventions locales, les chartes foncières locales devraient en effet être définies de façon concertée au sein des communautés villageoises auxquelles appartiennent l’APAC concernée. La commune ne ferait que reconnaître par un acte juridique les décisions consensuelles et légales des communautés locales. Cependant, la solution par les chartes foncières locales n’exclut pas la perspective d’un plaidoyer pour une reconnaissance explicite des APAC dans la législation nationale, soit au travers d’une loi nationale consacrée aux APAC, soit à travers leur prise en compte dans des textes spécifiques à chaque type d’APAC (espaces pastoraux, bois sacrés, etc).
Par Alexis Kaboré, Coordinateur du Consortium APAC pour la région du Sahel et Président de NATUDEV, Membre du Consortium APAC.
NATUDEV est l’ONG de référence dans la promotion des APAC au Burkina Faso. Une APAC est un site naturel conservé par une communauté locale ou un ensemble de communautés locales (villages ou groupes de villages) et répondant aux trois critères mondialement convenus suivants: la gouvernance est communautaire (le site appartient à la communauté ou au groupe de communautés concernées qui ont sur lui le pouvoir décisionnel et l’exerce effectivement); le lien entre la communauté ou les communautés et le site est suffisamment fort qu’elle ou elles est ou sont prête (s) à le défendre; le site abrite et conserve de la biodiversité.
Il s’agit d’une catégorie d’aires de conservation de la nature conceptualisée il y a une dizaine d’années par le Consortium mondial APAC qui en fait la promotion à l’échelle mondiale depuis lors.
NATUDEV est membre du Consortium APAC. Son président est le coordinateur du Consortium pour le Sahel (8 pays couverts).
Au Burkina Faso, NATUDEV a identifié 5 types d’APAC:
les zones villageoises d’intérêt cynégétique (Zovic),
les bois sacrés,
les points d’eau sacrés (mares, rivières, puits sacrés),
les espaces pastoraux communautaires (aires de pâture, pistes à bétail, couloirs de transhumance, points d’eau pastoraux, etc),
les forêts villageoises
La coordination du Programme Microfinancement du Fonds pour l’Environnement Mondial (PMF/FEM) au Burkina Faso est le principal partenaire de NATUDEV et des communautés locales dans le travail abattu avec ces dernières pour la défense et la conservation de leurs APAC, leurs territoires de vie. La participation de SOS Sahel Burkina Faso est également est reconnue.
Ce partenariat a permis à ce jour d’avoir les résultats ci-dessous:
*Identification et documentation des APAC de 7 régions (sur les 13) du Burkina Faso (le processus se poursuit)
*Assemblées générales de villages sur les APAC
*Indication d’APAC par la fixation de panneaux
*Appui à la constitution de l’Association nationale des APAC du Burkina Faso (ASAPAC-BF)
*Formations des représentants de 5 communautés gardiennes d’APAC et du bureau de l’ASAPAC-BF
*Contribution à l’actualisation de la monographie nationale de la diversité biologique avec un article sur les APAC
*Voyage d’échanges au Bénin entre communautés gardiennes d’APAC
*Organisation d’un atelier Bénin-Burkina sur les APAC (à Ouagadougou)
*Participation à des plateaux de télévision sur les APAC
A partir de recherches bibliographiques et d’enquêtes de terrain, le nombre des APAC du Burkina Faso a été estimé à cinquante-trois mille quatre cent douze (53’412) en 2017. 99% d’entre elles sont constitués de l’ensemble bois sacrés (53’412 sites), 0.18 % de mares sacrées (99 sites), 0.14 % d’espaces pastoraux communautaires (77 sites), 0.13% de Zovic (68 sites) et 0.08% de forêts villageoises (43 sites).
La superficie d’ensemble des APAC répertoriées est de 717’847 ha, soit 02,62% du territoire national. Elle varie entre 0.20 ha (bois sacré) et 95’000 ha (aire de pâture).
Soixante-dix-sept (77) espèces de faune sauvage ont été inventoriées dans les APAC du Burkina Faso.
Les mares sacrées abritent les espèces de reptiles et de poissons emblématiques telles que les crocodiles, les silures et les carpes.
Dans le domaine de la flore, les APAC du Burkina Faso abritent au moins 516 espèces (arbres, arbustes, herbes), dont des espèces rares ou menacées de disparition selon la Liste rouge de l’UICN, des espèces protégées selon la législation nationale et des espèces qu’on ne rencontre que dans les APAC (SANOU, 2013 ; SAWADOGO, 2013 ; KABORE, 2010 ; NATUDEV, Enquêtes, 2017).
Aux termes de la Loi N°003-2011/AN du 05 avril 2011 portant code forestier au Burkina Faso, « Une zone villageoise d’intérêt cynégétique est une partie du terroir d’une communauté de base, affectée par elle à l’exploitation des ressources cynégétiques. Sa création est proposée par un procès-verbal de réunion de l’organe villageois compétent et confirmée par arrêté de l’autorité locale compétente. » (Article 103).
« La gestion des zones villageoises d’intérêt cynégétique peut être assurée par des associations ou groupements villageois ou toute autre structure juridique dotée de la personnalité morale… » (Article 104). « Les activités autorisées dans les zones villageoises d’intérêt cynégétique sont déterminées par la communauté de base avec l’assistance des services techniques locaux chargés de la faune » (Article 105).
Trois régions de concentration: Est, Centre-Sud et Centre-Ouest
Le Burkina Faso compte soixante-huit (68) Zovic réparties sur trois (3) régions : régions de l’Est, du Centre-Sud et de Centre-Ouest. La Région de l’Est en concentre la grande majorité avec cinquante-huit (58) Zovic contre dix (10) pour les régions du Centre-Sud et du Centre-Ouest. Les Zovic de l’Est couvrent 38.346 ha et celles du Centre-Sud/Centre-Ouest, 21.580 ha, soit 58’926 ha pour l’ensemble des Zovic du pays. La plus petite Zovic a 14 ha et la plus grande, 8789 ha.
Les Zovic sont, pour l’essentiel d’entre elles, constituées en bordure des aires de faune classées, celles du complexe de parcs nationaux WAP (W-Arly-Pendjari) pour les Zovic de l’Est et celles du complexe de réserves fauniques PONASI (Pô-Nazinga-Sissili) pour les Zovic du Centre-Sud et du Centre-Ouest.
Des sites aux usages multiples
Bien au-delà de leur intérêt cynégétique, les zones villageoises d’intérêt cynégétique sont des zones d’usage multiple des ressources naturelles pour les populations locales. Elles font partie des derniers réservoirs sécurisés de flore et de faune dans les villages qui en ont créé.
Les Zovic procurent de la faune, des produits forestiers non ligneux (fruits sauvages, des plantes médicinales, fourrage), du poisson, des matériaux pour l’artisanat (fibres, bois, feuilles, paille), les constructions (toiture, poutre, huttes, hangars, etc).
Les revenus directs générés par la petite chasse et l’exploitation des divers autres produits contribuent au financement de réalisations communautaires (infrastructures, évènements, etc) et au pouvoir d’achat des acteurs locaux. Certaines Zovic abritent des sites sacrés auxquels sont attachées les populations concernées.
Les bois sacrés regroupent ici les sites naturels désignés sous ce nom ou sous la dénomination de bosquets sacrés, forêts sacrées, sanctuaires boisés. Ils comprennent aussi les collines sacrées. Ce sont des reliques de forêts originelles protégées par les communautés locales comme support important de leur vie religieuse, de leur identité et de leur cohésion sociale. Ils bénéficient de règles coutumières de conservation éprouvées, transmises de génération en génération et qui interdisent généralement les prélèvements ou la destruction d’espèces naturelles se trouvant sur leur site.
Catégorie d’APAC la plus nombreuse au Burkina Faso
Les bois sacrés sont présents sur l’ensemble du pays avec une fréquence croissante de la région du sahel vers les régions du Sud (SAWADOGO, 2013). Leurs superficies varient entre 0.02 ha et 300 ha (SAWADOGO, op.cit, p.107) avec une moyenne de 5.17 ha (Ibid). Les données d’enquêtes et d’études suggèrent qu’il existe, en moyenne 6 (six) bois sacrés par village au Burkina Faso. En considérant les 8’902 villages administratifs que compte le pays (MATD, com. pers. 2017), il est possible d’estimer le nombre de bois sacrés à 53’412. Cela fonde à estimer la surface totale des bois sacrés à 496’320 ha, soit 01,8% de la superficie du territoire national.
Des sanctuaires de biodiversité
Les bois sacrés et leurs environs regorgent d’importantes ressources naturelles denses et diversifiées ; ils constituent des refuges de nombreuses espèces floristiques et fauniques rares, menacées de disparition ou disparues dans les terroirs environnants (SANOU, 2013 ; KABORE, 2010). Certaines espèces de flore ne sont observées que dans les bois sacrés (SANOU, op.cit). SAWADOGO (op.cit, p.24) a identifié 470 espèces de 284 genres et 74 familles de la flore burkinabè sont présentes dans les bois sacrés et leurs zones d’influence soit 24.54% de la flore nationale. 50% des bois sacrés sont des savanes arbustives, 20% des savanes arborées, 20% de fourrés, 10% de savanes boisées.
Les points d’eau sacrés au Burkina Faso concernent les mares, puits et rivières sacrés. Ils couvrent des surfaces de 1,52 ha en moyenne, soit environ 150 ha pour les quatre-vingt-dix-neuf (99) sites identifiés à ce jour (NATUDEV, Enquêtes, 2017).
Au Burkina Faso, les espaces pastoraux communautaires renferment les aires de pâture, les aires de repos et les couloirs de passage du bétail. Ils sont très diversifiés du point de vue de leur superficie. Des superficies qui varie entre 2 ha et 95’000 ha avec une moyenne de 2’662 ha. La superficie totale des soixante-dix-sept (77) sites recensés est de 159’741 ha.